L’homme à la hache – roman

Paris, la démone de la Tour Saint-Jacques

  •  » Au pied de la tour Saint-Jacques, érectile et bardée de ses gargouilles fantomales, des enfants lancinants, vautrés dans un bac à sable, jouent de leurs mains avec des poignets de sable comme ils le feraient avec des clepsydres ; Saint-Jacques, église amputée, édifiée par les mains des bouchers dans le quartier des alchimistes. Au faîte de cette tour, qui dominait jadis la Khêmia des émules de Nicolas Flamel, et dont Joseph respire la présence depuis des années, une porte close scelle les secrets d’obscures liturgies. Un peu plus loin, une ombre court sur les pierres de l’église Saint-Merry. En haut du portail, un diable se gausse, taquinant Dieu et lui usurpant le pouvoir sur les âmes, à la croisée du portique. Joseph Messelrode prend place sur un banc dans le square adjacent et, dans l’attente de son improbable rendez-vous, il répète un monologue expressif, la dernière prosodie qu’il a écrite, et qu’il déclamera le lendemain dans un café dédié au Slam :   « Ah ! Mon Paris. Laissons les mots, à défaut de la chair, cristalliser cette attraction l’un pour l’autre qui darde sur nous ses rayons comme le soleil le fait sur un quartz réverbérant. Positivement étourdi par tes beautés, ma vie n’égraine que le nom de tes splendeurs, comme de tes cloaques d’ailleurs. Je ne crois pas en un dieu qui a conçu des têtes de nœuds, et je lui préfèrerai toujours un bon Père Ubu trousseur de culs, dans ce monde parodié en sitcom par des poupées barbantes au pubis dépoilé. Mais Paris sera toujours Paris : un paradis culturel pour une nouvelle barbarie… »